Keoubougou Pi : Un programme après l’école pour développer la littératie numérique des jeunes écoliers du nord Bénin

Enseignement au Bénin

Il est indéniable que les élèves d’aujourd’hui sont les citoyens de demain et les former au nouveau paradigme porté par la révolution numérique est plus que primordial. Malheureusement, le système éducatif béninois n’intègre pas encore correctement l’acquisition des compétences numériques dans les programmes scolaires. Et ce particulièrement en raison du manque de certaines ressources telles que les enseignants qualifiés ou les infrastructures technologiques. Pour répondre à ce problème, nous avons pensé un programme après l’école destiné à développer la littératie numérique des jeunes écoliers du nord Bénin.

La littératie numérique : Qu’est-ce que c’est ?

Tout d’abord, il faut souligner que la littératie numérique ou « digital literacy » occupe une place de premier ordre dans le lexique de l’inclusion numérique. Encore appelée alphabétisation numérique, elle est la capacité à comprendre et à maîtriser Internet, des outils numériques et des technologies de l’information. D’ailleurs, la fondation Mozilla, qui a eu à développer un cursus de formation en ligne à la digital literacy, la définit comme les aptitudes et les compétences requises pour lire, écrire et participer au web.

Plus qu’un savoir-faire technologique, la littératie numérique inclut donc une grande variété de pratiques éthiques, sociales et réflectives qui sont intégrées dans le travail, l’apprentissage, les loisirs et la vie quotidienne. Au sein de la International Society for Technology in Education (ISTE), la littératie numérique repose essentiellement sur un ensemble de six normes, soit :

  • la créativité et l’innovation
  • la communication et la collaboration
  • l’aisance en recherche et information
  • la pensée critique, la résolution de problèmes et la prise de décision
  • la citoyenneté numérique
  • les concepts et les opérations technologiques.

En 2006, la Commission européenne publiait, de son côté, un cadre de référence sur les compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie (Commission européenne, 2006). La compétence numérique figure parmi les huit compétences clés identifiées. Celle-ci est définie de manière suivante : « La compétence numérique implique l’usage sûr et critique des technologies de la société de l’information au travail, dans les loisirs et dans la communication. La condition préalable est la maîtrise des TIC : l’utilisation de l’ordinateur pour obtenir, évaluer, stocker, produire, présenter et échanger des informations, et pour communiquer et participer via l’internet à des réseaux de collaboration. » L’objectif de la littératie est de travailler à l’acquisition d’une véritable « culture numérique » qui permette, selon les termes de l’Académie des Sciences, de « donner à tous les citoyens les clés du monde du futur, qui sera encore bien plus numérique que ne l’est le monde actuel, afin qu’ils le comprennent et puissent participer en conscience à ses choix et à son évolution plutôt que de le subir en se contentant de consommer ce qui est fait et décidé ailleurs. » Ainsi et d’après le rapport du Conseil National du Numérique : La littératie numérique est par conséquence un levier « d’inclusion sociale dans une société et une économie où le numérique joue un rôle essentiel ».

La littératie numérique constitue de ce fait un enjeu majeur auquel l’école doit pouvoir apporter des réponses.

Keoubougou Pi : Une approche de solution

Une profusion d’objets et de services nous sont proposés. Pour quoi faire ? Faire fonctionner l’économie de marché ? Pour nous donner l’impression que l’on est en phase avec une société toujours plus »moderne » et numérique ? Ou bien pour nous permettre d’utiliser des outils qui rendent des services nouveaux et qui permettent donc des usages qui n’existaient pas auparavant ?

La révolution numérique est en marche et de nombreuses questions de cet ordre pourraient être posées. Comme dans bien d’autres domaines, le numérique est ce que l’on en fait ! Plus les utilisateurs seront conscients, plus ils seront acteurs. S’approprier des outils c’est bien, les détourner c’est mieux ! Les élèves d’aujourd’hui seront-ils des consommateurs asservis ou des utilisateurs conscients et éclairés des objets numériques ?

Nous avons donc pensé à un programme après l’école pour initier de jeunes écoliers, citoyens de demain, à l’outil informatique afin de les former au nouveau paradigme porté par cette révolution numérique.

Dénommée Keoubougou Pi, cette initiative sans but lucratif, se consacre ainsi au développement de la littératie numérique (Internet, outils numériques et technologies de l’information), des jeunes écoliers du nord Bénin. Et ce à travers à un apprentissage de la programmation dès le jeune âge. Soulignons que Keoubougou dérive d’un mot Dendi qui signifie « école, lieu du savoir ».

Nous avons pour mission de concevoir et d’organiser des programmes d’enseignement de la technologie et de faire des partenariats avec des agents du milieu afin que les jeunes citoyens soient préparés à vivre pleinement dans une société numérique.

Il s’agit donc à la fois d’une célébration de notre pays et d’un véritable mouvement national pour faire progresser la littératie numérique au Bénin, particulièrement dans le Nord Bénin.

Qu’apportons-nous de nouveau ?

Le numérique est envisagé dans sa potentialité à développer les apprentissages. Les éléments matériels sont destinés à être manipulés, assemblés. On se situe pour les aspects logiciels dans le monde du libre. La question est d’abord de définir le besoin pour ensuite identifier les éléments qui permettront de réaliser le produit envisagé.

C’est en bidouillant que l’on prend conscience que pour atteindre un même objectif, différents chemins sont envisageables.

Il s’agit de s’éveiller à ces différentes possibilités. Ainsi les choix dans l’achat de matériels ou d’utilisation de services sont plus à l’initiative de l’utilisateur. Il est plus acteur et moins consommateur. Ne tombons cependant pas dans un manichéisme naïf…

Présentation de la technologie à utiliser : le Raspberry Pi

Développé et testé pour la première fois en 2006, le Raspberry Pi s’inspire du BBC Micro de l’ancienne société Acorn Computer et est destiné à encourager la jeunesse à la programmation. Après plusieurs années de développement, les premières versions grand public de la nano-carte ont vu le jour en 2011 et fonctionnaient sur le système d’exploitation Linux. Depuis, de nombreuses améliorations ont été apportées, et on a aujourd’hui accès à une puissance et une performance optimale.

Avec une Puissance nominale de 800 mA (4 W) pour le modèle 2B (l’un des plus connus) pour une consommation maximale mesurée de 350 mA confinée sur 85,60 mm de longueur × 53,98 mm de largeur et 17 mm de hauteur (comme une carte de crédit bancaire), tenir un Raspberry Pi, c’est en quelque sorte ternir un véritable ordinateur dans le creux de ma main (45 g). Il est équipé d’un processeur Broadcom BCM2836, quatre cœurs ARMv7 à 900 MHz, accompagné de 1 Go de RAM et peut faire tourner presque toutes les distributions adaptées de Linux sans oublier les systèmes d’exploitation tiers tels que Firefox OS, Windows 10 for IOT etc. Il dispose également d’un port carte SD et peut ainsi accueillir des installations de grande taille.

Un ordinateur à 5 $ (3000 F CFA) !!!

La version 2B coûte 35 $. Et si tu trouves qu’elle reste cher pour une école, alors la Fondation a pensé à toi car elle a mis en vente en novembre 2015, la Pi Zéro, un modèle plus petit et beaucoup moins cher car ne coûtant que 3 000 F CFA environ.

Pourquoi la programmation ?

Il faut le souligner, le code est partout…tout autour de nous ! Et, alors que les technologies sont de plus en plus présentes, il faut s’attendre à y être encore plus exposé dans les années à venir… Aussi, la question de la formation de tous, et en particulier des plus jeunes, à sa compréhension, est d’une absolue nécessité. Il s’agit même d’une compétence majeure à acquérir pour les jeunes (OECD, 2015). Il est donc d’une importance capitale de préparer les élèves à maîtriser ces outils qu’ils vont retrouver dans le monde de demain. Pour ce faire, il est nécessaire de les aider à mieux comprendre la logique informatique derrière les téléphones intelligents : les applications ou simplement les téléphones en eux-mêmes. Pour cela, il est possible de les éduquer à la programmation avec certains outils, simples d’usage, et terriblement efficaces.

A cet effet, nous croyons qu’il est important d’apprendre à programmer aux jeunes pour les raisons suivantes :

  1. La programmation est un super-pouvoir. L’apprentissage de la programmation permet aux enfants de ne pas seulement consommer la technologie, mais aussi de la créer, que ce soit sous forme de jeux vidéo, de sites Web, de robots et d’autres supports.
  2. La programmation permet aux enfants de penser de nouvelles manières. Son apprentissage aide les enfants à développer des compétences essentielles applicables dans tous les domaines. Grâce à elle, ils peuvent résoudre des problèmes touchant à la programmation ou à d’autres sujets en innovant.
  3. La programmation aide les enfants à comprendre le monde qui les entoure. Si l’on enseigne la biologie et les mathématiques pour mieux comprendre le monde, il va donc de soi que l’on enseigne les rudiments de la communication avec les ordinateurs et l’interaction avec eux.
  4. La programmation peut changer le monde. En enseignant aux enfants comment utiliser la technologie comme instrument de création, nous leur donnons les outils pour créer des solutions à des problèmes de tous les jours.
  5. La programmation est amusante ! Nous voulons que les enfants soient excités et satisfaits d’avoir créé quelque chose eux-mêmes.

Il ne s’agit donc pas d’un retour d’expérience, mais plutôt de la présentation d’un programme (après l’école) qui sera lancé au cours des vacances de cette année scolaire 2017-2018.

Des élèves du nord Bénin auront à assembler des éléments matériels : carte électronique et carte micro SD dans un boîtier prévu à cet effet. Puis ils découvriront que plusieurs systèmes d’exploitation peuvent être associés à ce matériel en fonction du besoin, de ce que l’on veut faire. Ce sera ensuite l’initiation à la programmation grâce à des outils tels que Scratch… On aura également à travailler sur des projets spécifiques (construire un robot…)

Intéressé par ce projet ? Vous pouvez nous envoyer un mail à keoubougoupi@gmail.com

Suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Facebook @keoubougoupi / Twitter : @keoubougoupi

 

Image à la une : Une séance de lecture dans une école primaire de la commune de Natitingou. Crédits photo: PNUD Bénin/ Giacomo Pirozzi

 

Article originellement publié sur LinkedIn

The following two tabs change content below.
Vidjinnangni Grégory Thoto

Vidjinnangni Grégory Thoto

Vidjinnangni Thoto est un consultant en référencement naturel (SEO) et stratégies web pour les PME chez Orizon Web Services, qui vit actuellement à Parakou, au Bénin. Mes intérêts vont de la technologie aux arts. Je m'intéresse aussi à l'écriture, à la programmation et à l'entrepreneuriat.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *